Voici, comme promis, le texte d'une lettre ouverte adressée à Monsieur Jacques Chirac, Président sortant de la République Française. En cas de réponse négative, cette requête sera adressée au (à la) président(e) élu(e) immédiatement après la proclamation des résultats des prochaines élections présidentielles françaises.
Monsieur le Président,
Nous avons le plaisir de vous informer que l’Association de la Mémoire de la Terre de Tataouine (http://www.aamtt.org) partage les idéaux qu'expriment vos actions louables dans la lutte contre la discrimination et pour une inter-culturalité positive entre les peuples.
Nos régions du Sud tunisien, et Tataouine en particulier, ont été, au cours de leur longue histoire coloniale vidées de l’essentiel de leurs forces vives, depuis la fin du 19ème siècle. L’équilibre socio-économique de la société traditionnelle saharienne n’a pas pu résister au grands bouleversements qui ont suivi le triomphe du mode de production capitaliste véhiculé dans la région par le colonialisme.
Nos jeunes ont servi malgré eux, depuis la 1ère guerre mondiale, comme chair à canon, aux grands combats de la Meuse en 1916, et au triomphe des alliés en 45. Des combats pour une cause qui ne les concernait pourtant pas.
Nos jeunes ont construit des grandes œuvres urbanistiques de la civilisation européenne de l’après guerre (métro, buildings, ponts et toute l’infrastructure routière et minière…) dans des conditions d’extrême atrocité et d’humiliation.
Cet appauvrissement en forces vives du Sud tunisien a entraîné une poussée irrésistible de la désertification qui s’est amplifiée à son tour du fait d'un flux migratoire incontrôlable qui a fini par donner le coup de grâce à l’économie et au développement de toute une région. Elle compte aujourd'hui plus de 20 000 émigrés sur une population totale de 140 000 personnes.
Les mesures d’intégration pratiquées en France pour améliorer le séjour et les conditions de vie des immigrés par le procédé du regroupement familial n’ont pas arrangé la situation chez nous. Bien au contraire, ces mesures ont contribué à vider de leurs élèves, les classes des écoles de Ghomrassen, et de leurs cultivateurs, les jardins en terrasses (les jessours) du Dahar .
Considérant cette situation catastrophique qui ne peut engendrer à la longue qu'effets pervers allant de la criminalité à l’intégrisme, nous soumettons à votre honorable attention la proposition suivante : étudier la possibilité de mettre à disposition des associations impliquées dans la lutte contre la désertification dans les pays du Sud un plan d’aide. Cette aide sera basée sur des subventions qui proviendront de l’argent des pensions de nos militaires ou travailleurs de l'ex-empire. Cet argent nous revient de droit, du fait même qu'il est le résultat des souffrances et des privations endurées par nos parents et grands-parents.
Nous ne voulons ni la charité ni l’assistance. Nous réclamons les fonds qui n’ont pas pu être restitués à leur ayant droit, à cause de l’analphabétisme et de l’ignorance. Ces fonds, qui se sont constitués au fil du temps à partir des pensions de famille non perçues par nos aïeux ayant servi la France, se chiffrent en millions d’euros. Ils servent actuellement à financer les radios régionales de France et doivent en toute logique et légitimité être investies pour résoudre les problèmes de l’échange inégal qui caractérise les rapports Nord/Sud et qui constitue à nos yeux la cause principale d’un drame humain nommé «immigration clandestine ».
Nous pensons que par le versement de ce «dédommagement» à nos régions déshéritées du Sud, nous serons en mesure d’ouvrir une page nouvelle, et toute blanche, dans les relations entre le Nord et le Sud, entre l’Occident et l’Orient; pour le bien de la cause de la paix et de la compréhension entre les peuples.
Nous avons grand espoir et forte conviction que nous pouvons compter sur votre compréhension et sur votre aide pour clore votre mandat à la tête de la grande nation française, par cette belle action de justice en faveur des peuples des pays du Sud, en réponse à notre requête.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre respectueuse gratitude.
Dr Belhedi, président de l’AAMTT
ã Mémoire de la Terre - Tataouine, 2007